À quoi joue Google avec la gamme Pixel ?

Indisponibilité dans de nombreux pays, lancements tardifs, présentation plusieurs mois en avance… La stratégie de Google avec ses smartphones Pixel, mais aussi ses futures montres et tablettes, a de quoi interroger.

Habituellement, la conférence Google I/O s’adresse aux développeurs. La marque californienne a pour habitude d’y présenter des nouveautés logicielles, puis dévoile ses quelques innovations matérielles à la fin de l’année, lors d’une conférence “Made by Google”.

Mercredi 11 mai 2022, comme elle avait déjà pu le faire dans le passé, Google a dérogé à cette règle. Beaucoup de nouveaux produits Pixel ont été présentés, parfois par surprise. Il ya le smartphone Pixel 6a, que l’on attendait tous, mais aussi la Pixel Watch, les Pixel Buds Pro, la Pixel Tablet et le Pixel 7, dont les annonces n’étaient pas espérées.

Pour aller plus loin

Si une telle accélération peut donner l’impression que Google est de plus en plus sérieux dans le matériel, plein de signes semblent dire l’inverse. La stratégie de Google avec ses Pixel est toujours très mystérieuse.

Un problème de calendrier

Intéressons nous d’abord aux produits annoncés mercredi 11 mai. Le Pixel 6a, un smartphone milieu de gamme à 459 euros, n’a pour le coup rien de surprenant. On savait qu’il allait arriver et, très objectivement, le produit semble très réussi. Difficile pour nous le critiker.

Cependant, rien qu’avec ce produit, Google envoie des signaux étranges. Les précommandes seront possibles à partir du 21 juillet, soit plus de deux mois après l’annonce du smartphone. D’ici là, il ya fort à parier que l’emballement médiatique sera redescendu. Pourquoi aller aussi vite si les stocks ne sont pas prêts ? Tout ceci est d’autant plus bizarre qu’on ne communique généralement pas sur une date de précommande, mais sur une date de sortie. Acheter le Pixel 6a le 21 juillet voudra-t-il dire qu’on le recevra le 22 juillet, ou à la rentrée ? On pourrait dire la même chose des Pixel Buds Pro, des écouteurs sans-fil comme beaucoup d’autres qui, eux aussi, ne pourront être commandés qu’à partir du 21 juillet. Si quelqu’un a besoin d’écouteurs en urgence, il n’attendra sans doute pas Google.

Le Google Pixel 6a.  // Source : Google
Le Google Pixel 6a. // Source : Google

Le pire ici est que le Pixel 6a est l’annonce la plus « normale » de l’I/O. Dans un registre encore plus lunaire, il ya eu le Pixel 7, le successeur du Pixel 6 lancé fin 2021, que Google a rapidement montré sans rentrer dans les détails, avant de préciser qu’il serait annoncé cet automne. Quel constructeur annonce le successeur de son produit phare plusieurs mois à l’avance, au risque de faire ralentir ses ventes jusqu’à sa commercialisation? En dévoilant le Pixel 7 si tôt, Google se tire une balle dans le pied. C’est d’autant plus stupide que, de son propre aveu, le Pixel 6 se vend mieux que tous les précédents modèles.

Enfin, il ya aussi eu des teasing plus classiques, mais au timing doux. La Pixel Watch a été présentée, mais ne sortira pas avant cet automne, tandis que la Pixel Tablet, une rivale de l’iPad, a été brièvement montrée mais ne sera pas annoncée avant… 2023. Là encore, quelle drôle de stratégie. Quel est l’intérêt pour Google de montrer un produit avec autant d’avance. Personne n’attendra la Pixel Tablet pour remplacer sa tablette, d’autant plus que son design est déjà critiquable.

Toutes les annonces matérielles de la Google I/O 2022. // Source : Google
Toutes les annonces matérielles de la Google I/O 2022. // Source : Google

Google veut-il vendre les Pixel ?

Cette question est voluntairement provocatrice. Il nous semble assez évident que, oui, Google veut vendre ses Pixel. En revanche, nous avons des doutes sur la réalité de ses ambitions. Valorisée plus de 1500 milliards de dollars, Google a, sur le papier, le moyen de devenir un géant du hardware en quelques mois.

Pourtant, depuis le premier Pixel en 2016 (et les Nexus conçus avec des partenaires avant), Google semble avancer au ralenti. Le Pixel 6 a été un joli pas en avant mais, à côté d’Apple, Samsung, Oppo ou Xiaomi, Google reste assis à la table des petits. Les Pixel fonctionnent logiquement mieux aux qu’États-Unis qu’ailleurs, mais c’est surtout dû au fait que le marché américain ne connaît qu’Apple et Samsung. En Europe, où il ya de la concurrence, Google ne se bat pas. Il est aussi important de préciser que, 5 ans après le premier pixel, Google ne commercialise ses smartphones que dans 14 pays. De quoi faire rire Apple ou Samsung, présents partout.

Le Pixel 4a était sorti en France, mais pas le Pixel 5a.  Une stratégie étonnante.  Le Pixel 6a, lui, sera bien la.  // Source : Louise Audry pour Numerama
Le Pixel 4a était sorti en France, mais pas le Pixel 5a. Une stratégie étonnante. Le Pixel 6a, lui, sera bien la. // Source : Louise Audry pour Numerama

D’autres erreurs de débutant, comme le fait que les Pixel sont souvent en rupture de stock (un revendeur nous a confirmé que Google était un des pires niveau livraison), ce phénomène. On pourrait aussi s’interroger sur le stockage de 128 Go proposé par Google, sans possibilité de prendre un modèle mieux loti. On pourrait croire que Google fait tout pour se tirer des bâtons dans les roues, alors que les Pixel sont unanimement reconnus comme excellents. Google at-il des raisons de se saborder ?

Plusieurs theories sont possibles. Google, une boîte de logiciels, peut tout simplement manquer de savoir faire au niveau du matériel et ne pas avoir envie d’investir pour s’améliorer. Google, par peur d’avoir à gérer d’importants problèmes, peut aussi voir les Pixel comme une vitrine et avancer prudemment, quitte à décider un jour de vraiment devenir sérieux. Enfin, autre hypothèse très probable, Google pourrait très bien réduire les ambitions de ses Pixel pour ne pas heurter ses adversaires. On imagine que Samsung ou Xiaomi, qui utilisent Android, apprécieraient mal de voir Google les écraser. Pour Google, peut-être est-il souhaitable que les Pixel ne deviennent pas trop bons. En attendant, celles et ceux qui les rachètent ne sont probablement pas déçus. C’est déjà ça.

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